L’AFRIQUE DE L’EST TENTE DE LUTTER CONTRE UNE SPECTACULAIRE INVASION DE CRIQUETS


L’Éthiopie, la Somalie, l’Érythrée, la Tanzanie, l’Ouganda, Djibouti, le Kenya, le Soudan et le Soudan du Sud : en tout, neuf pays africains doivent faire face à des essaims géants de criquets.

Une fois l’air réchauffé par le soleil matinal, une nuée de criquets virevoltants s’élève du sommet des arbres de karité, des champs de pois et des hautes herbes de la savane du nord de l’Ouganda, pour aller causer de nouveaux ravages. L’armée ougandaise en renfort doit asperger de pesticides sur ces insectes pour éviter leur propagation. Cet ennemi déroutant s’est abattu ces derniers mois sur neuf pays d’Afrique de l’Est.


Des essaims capables de consommer autant que des milliers, voire des millions de personnes

Ces criquets pèlerins sont arrivés le 17 février 2020 au Soudan du Sud. La crainte d’une crise humanitaire majeure est forte dans une région où 12 millions de personnes sont déjà sous-alimentées, selon l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). “Un essaim de 40 à 80 millions de criquets peut consommer l’équivalent en nourriture” de 35.000 personnes par jour, explique à l’AFP Priya Gujadhur, une haute responsable de la FAO en Ouganda. A Atira, un village isolé, environ 160 soldats protégés par une tenue plastique avec capuche, masque et lunettes pulvérisent depuis l’aube des arbres et plantes. Mais ils n’ont réussi à atteindre que la végétation la plus basse et l’énorme grappe de criquets qui vient de s’envoler contient ceux qui leur ont résisté. Une odeur âcre de produits chimiques flotte dans l’air.


Un jeune garçon Samburu utilise un bâton pour éloigner les criquets. En janvier 2020, le Kenya est touché par une invasion sans précédent. AP

Invasion de criquets, dans le comté de Samburu, au nord de Nairobi, Kenya, le 22 janvier 2020.  PHOTO / TONY KARUMBA / AFP

Les criquets menacent la sécurité alimentaire de la Somalie, de l’Ethiopie ou encore du Kenya. Reuters/Giulia Paravicini

Le Centre de prévisions et d’applications climatiques de l’organisation régionale Igad (ICPAC) a prévenu que les œufs déposés par les criquets tout au long de leur migration écloront dans les deux prochains mois, à l’arrivée de la saison des pluies sur la région. Cela coïncidera avec la période des récoltes et pourrait causer “des pertes significatives (…) et potentiellement aggraver la situation alimentaire“, a indiqué l’ICPAC dans un communiqué.


Des essaims de 200 milliards de criquets

Depuis 2018, une longue période de temps sec a été suivie par des pluies abondantes, ce qui a créé des “conditions particulièrement idéales” pour la reproduction des criquets, observe Mme Gujadhur. Les gouvernements en Afrique de l’Est ont été pris au dépourvu et sont actuellement “en mode panique“, estime-t-elle. Les criquets ont déjà frappé l’Éthiopie, la Somalie, l’Érythrée, la Tanzanie, l’Ouganda, Djibouti, le Kenya, le Soudan et le Soudan du Sud. Et leurs essaims peuvent atteindre des tailles invraisemblables. Au Kenya, l’un d’entre eux a été estimé à 2.400 km², soit presque l’équivalent d’une ville comme Moscou. Ce qui signifie qu’il pouvait contenir jusqu’à 200 milliards de criquets. “Un essaim de cette taille peut consommer la nourriture de 85 millions de personnes par jour“, constate Mme Gujadhur.

Les autorités ougandaises savent qu’une nouvelle vague migratoire de criquets pourrait poser de nouveaux problèmes dans les semaines à venir, mais elles s’attachent pour l’instant à gérer la situation actuelle. Mme Gujadhur se félicite de la réponse “très forte et rapide” apportée par le gouvernement ougandais, mais s’inquiète du fait que l’armée ne soit pas forcément la mieux placée pour gérer ce genre d’opération. “Ce doit être des scientifiques et des (experts en agriculture) qui prennent les choses en main“, déplore-t-elle. En attendant, certains habitants redoutent la famine malgré les mesures prises pour éradiquer les essaims.