Douze ans pour lutter contre le changement climatique


Selon un rapport, la classe politique mondiale dispose d’un peu plus d’une décennie pour mettre en œuvre des transformations radicales des politiques actuelles en matière d’énergie, d’alimentation et de transport, susceptibles d’éviter un changement climatique aux conséquences redoutables.

Le rapport, publié aujourd’hui par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies, a déclaré que des politiques décisives en vue de réduire le réchauffement de la planète devraient en place d’ici 2030 pour éviter le pire.

Si les émissions continuaient au taux actuel, un réchauffement de 1,5 degré pourrait être atteint entre 2030 et 2052, tandis que les températures continueraient de connaître une forte augmentation, déclarent les auteurs du GIEC.

Selon l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère des États-Unis, la Terre s’est déjà réchauffée de presque un degré depuis 1900, en raison des émissions de carbone provenant de l’industrie, de l’agriculture, du chauffage et des transports.

Il est possible de stabiliser le réchauffement climatique à 1,5 degré au-dessus du niveau préindustriel, estiment les auteurs du document. Mais, ajoutent-ils, la réalisation de cet objectif dépend entièrement de la volonté politique de tous les pays.

Le rapport vient aussi avec ce vœu pieux que le public, les décideurs et les gouvernements s’approprient les messages.

Hans-Otto Pörtner

L’objectif du rapport est de donner suite à l’Accord de Paris, un ensemble d’objectifs pour la lutte contre le changement climatique, signé lors d’un sommet des Nations Unies à Paris, en France, en 2015.

Les scientifiques ont averti que, même si toutes les promesses de cet accord étaient tenues, l’homme émettrait encore environ 58 gigatonnes de CO2 en 2030, soit un taux bien au-delà des 35 g nécessaires pour ralentir le réchauffement climatique et le stabiliser à un niveau de 1,5 degrés.

Le rapport met en évidence un certain nombre de voies potentielles pour prévenir un réchauffement supplémentaire, notamment l’élimination du carbone de l’atmosphère, l’élimination progressive du charbon et la réduction du gaspillage alimentaire. “La préparation de ce rapport […] est un avantage en soi”, a déclaré Hans-Otto Pörtner, écologiste à l’institut Alfred Wegener en Allemagne, qui préside un groupe de travail du GIEC.

“Mais le rapport vient aussi avec ce vœu pieux que le public, les décideurs et les gouvernements s’approprient les messages.”

Le rapport du GIEC souligne qu’il y aurait des différences significatives entre un monde à 1,5 degré de réchauffement et un autre à 2 degrés.

Dans un scénario à 2 degrés, la proportion de personnes exposées aux vagues de chaleur au moins une fois tous les cinq ans passerait de 14 à 37%.

Cela augmenterait la mortalité liée à l’ozone et la propagation de maladies à transmission vectorielle, telles que le paludisme et la dengue, avertit le rapport.

Même dans un scénario à 1,5 degré, la pêche en mer devrait diminuer en volume de 1,5 million de tonnes par an. Mais ce chiffre serait le double, indique le rapport.

Cependant, les auteurs du GIEC indiquent clairement que certaines mesures d’atténuation devaient être soigneusement gérées, afin d’éviter des compromis négatifs.

Joyashree Roy, chercheur en économie à l’Université de Jadavpur, en Inde, déclare que “toute politique mal conçue aura des conséquences”.

“Par exemple, si nous adoptions la bioénergie à grande échelle, cela pourrait entraîner une concurrence pour les terres, ce qui pourrait entraîner une flambée des prix des denrées alimentaires.”

Niklas Höhne, cofondateur du groupe de réflexion New Climate Institute, aux Pays-Bas, estime pour sa part que de nombreuses transformations avaient déjà eu lieu à petite échelle. “Un exemple est l’énergie renouvelable, qui s’est développée beaucoup plus rapidement qu’on ne le pensait il y a seulement cinq ans”.

“À l’heure actuelle, les énergies renouvelables sont tellement bon marché qu’elles sont plus rentables que le charbon, même dans des pays comme l’Inde, où les gens ont toujours pensé que cela ne se réaliserait jamais.”

Niklas Höhne concède que l’objectif de 1,5 degré est en soi un objectif ambitieux, mais souligne que cet effort aurait le mérite de sonner comme un rappel en direction des dirigeants du sérieux du problème. “Que nous y arrivions ou pas”, estime-t-il, “n’est pas la question la plus importante.”


 

Src: www.scidev.net

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *