EMIGRATION ET EMPLOI, CASSE-TÊTE À RÉSOUDRE POUR LA JEUNESSE AFRICAINE


« On ne peut pas arrêter l’émigration mais la question est savoir comment la minimiser », affirme le jeune Libérien Ahmed Kommeh, invité du forum Mo Ibrahim et cadre de Smart, une entreprise sociale libérienne.

Le débat sur l’immigration en Europe et le problème de l’emploi des jeunes en Afrique étaient au centre des débats de la fondation de l’homme d’affaires anglo-soudanais Mo Ibrahim ce week-end à Abidjan.

Près de 16 millions de jeunes Africains sont sans emploi et plus de 40% des jeunes Africains considèrent leurs conditions de vie comme « très mauvaises ou assez mauvaises », selon un rapport de la fondation, « La jeunesse africaine; migration faute d’emplois ? ».

« Les jeunes n’ont pas envie de partir: ils n’ont pas d’autre alternative. Ils n’ont pas de travail et pas de compétences. L’économie ne fonctionne pas de manière à les empêcher de partir », souligne Ahmed Kommeh.

« On ne peut pas dire +Amenez des emplois+. On n’amène pas des emplois dans un pays qui n’a pas les compétences. C’est là-dessus que les politiciens doivent se concentrer: donner aux jeunes des compétences qui les rendront attractifs sur le marché d l’emploi », explique-t-il à l’AFP.

« Les entreprises essaient de minimiser les coûts. Si elles savent qu’il y a des compétences dans la jeunesse africaine, elles apporteront des emplois », conclut-il.

La jeune Ivoirienne Sefora Kodjo, fondatrice de l’association Sephis, pour l’autonomisation des femmes, estime également que « l’éducation », notamment celle des femmes en milieu rural, est une priorité. « Il faut rapprocher les écoles pour que les jeunes femmes aient les mêmes chances. Dans nos pays, on a de la richesse et on a les moyens de créer des emplois ».

Le rapport de la fondation Mo Ibrahim bat en brèche certaines idées reçues. « L’Afrique n’est pas un continent d’exode massif et accueille elle-même une part croissante de la population mondiale de migrants. Environ 70% des migrants subsahariens restent sur le continent ».

« Les gens quittent leur richesse qui est la terre pour un avenir qu’ils espèrent meilleur » dans les centre urbains, avant de tenter l’émigration, souligne le jeune Algérien Mohammed Boubekri, cofondateur de l’ONG Life on Land qui veut prévenir l’émigration en aidant les jeunes à cultiver de manière écologique.

L’agriculture est un secteur vital puisque qu’elle représente jusqu’à 60% des emplois et un tiers du PIB africain, souligne le rapport.

« 60% de la population a moins de 25 ans: la force de travail est là », souligne Mohammed Boubekri. « Il y a la terre, les ressources mais on a besoin de leaders qui imposent qu’on exploite nos ressources. Il faut créer l’espoir », dit-il.


La couleur de la croissance

« Il y a de la croissance mais ça ne ruisselle pas vers le bas. En bas, ils n’en voient pratiquement pas la couleur », affirme le milliardaire nigérian Aliko Dangote, « la seule manière, c’est à travers l’agriculture. Il y a un marché mais il faut faire en sorte de transformer ».

La Côte d’Ivoire et le Ghana exportent pour « 6 milliards de dollars de cacao alors que le marché du chocolat représente 100 milliards de dollars », indique-t-il.

M. Dangote souligne aussi qu’il faut améliorer l’intégration entre les pays, rappelant que malgré les déclarations et promesses, les échanges et déplacements intra-africains sont difficiles.

Même constat pour l’ancienne présidente libérienne Ellen Johnson-Sirleaf, présidente du Groupe de haut niveau sur les migrations de l’Union africaine. « Les échanges interafricains doivent croître. Ils sont trop petits. Des biens produits au Kenya, en Afrique du Sud ou au Ghana n’arrivent pas dans des pays comme le mien. C’est importé d’ailleurs parce que les coûts sont trop grands en raison de la faiblesse des infrastructures », estime-t-elle.

« Le marché de libre-échange africain est une des solutions mais ça ne se fera pas du jour au lendemain. Nos politiques aux frontières sont souvent très restrictives même si on parle d’une +libre circulation+ qui n’est pas toujours respectée », explique-t-elle. « Il faut que le continent s’ouvre à lui même ».

Mme Sirleaf souligne toutefois: « les gens traverseront toujours les frontières en quête d’opportunités. Pour qu’ils (les migrants) ne prennent pas des risques, il faut travailler des deux côtés. L’Europe se ferme, j’aime à croire que c’est temporaire… »

« L’Europe vieillit si elle veut continuer à son haut niveau de productivité, elle doit faire appel à des jeunes », souligne l’ex-présidente, qui pointe du doigt la « bombe démographique » africaine.

D’ici à 2100, la seule jeunesse africaine deviendra équivalente au double de la population totale européenne. Et un jeune sur deux dans le monde sera africain.

« Donner une éducation de qualité à ces jeunes est un des gros enjeux. Mais un seul pays ne peut le résoudre seul. Et après, il faut que ces compétences restent en Afrique », ajoute-t-elle, tout en restant optimiste: « Nous avons la capacité de décider de notre avenir. Nous allons être le continuent du futur ».


 

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