FEMMES DE L’EGYPTE ANTIQUE : LIBRES ET MAÎTRESSES DE LEUR DESTIN


Dans l’Egypte des pharaons, les femmes possédaient, géraient, décidaient, gouvernaient… Contrairement aux Grecques ou aux Romaines de l’antiquité, elles étaient les égales des hommes – du moins devant la loi. Les précisions de l’égyptologue et romancier Philip Kayne.

Aussi patriarcale et hiérarchisée fût-elle, l’Egypte de l’antiquité laissaient les femmes vivre leurs vies dans de nombreux domaines. Appuyé sur une économie prospère, le pays avait les coudées franches pour pourvoir au bien-être et à la dignité de ses sujets, y compris les femmes – si ce n’est à égalité, du moins davantage que dans d’autres civilisations antiques.

Pour résumer la dualité du statut des Egyptiennes d’avant notre ère, entre devoir et autonomie, entre soumission et liberté, le romancier Philip Kayne cite une autre égyptologue, Christiane Desroches Noblecourt :  “…la mère que l’on respecte avant tout, la femme sujette à une stricte loi morale, mais dotée d’une grande liberté d’expression — sa capacité juridique entière, son étonnante indépendance financière, l’impact de sa personnalité dans la vie familiale et la gestion des biens communs et de ses biens propres.


Les divines adoratrices du dieu Amon avaient un pouvoir spirituel, mais aussi temporel à Thèbes (Médinet Habou).

Tandis qu’en Grèce antique, berceau de la démocratie, les femmes valent moins qu’un esclave – puisqu’elles ne peuvent jamais accéder au statut de citoyen – et restent d’éternelles mineures, les Egyptiennes, elles, possèdent des biens, gèrent leur patrimoine au même titre que les hommes, dirigent des entreprises, excercent la médecine, participent aux récoltes, sont tisserandes, brasseuses ou scribes dans l’administration. Elles occupent des fonctions spirituelles élevées, comme les adoratrices d’Amon, et accèdent à des postes de hauts fonctionnaires, jusqu’à celui de vizir.

Les différences de compétence ou de salaire entre hommes et femmes n’ont pas lieu d’être ; l’éducation des filles vaut celle des garçons et la naissance d’une fille est accueillie de la même manière que celle d’un garçon. Nombreuses sont les expertes en physique, mathématiques et architecture.

La littérature a beau aussi dépeindre des femmes frivoles, capricieuses ou peu fiables, les Egyptiennes de l’antiquité bénéficient d’une situation qu’on ne retrouve qu’en peu de sociétés. Si les femmes du peuples peuvent disposer de leur personne et se faire une place dans la société, c’est avant tout que la loi les considérent en égales de leurs contemporains et que leurs droits sont défendus devant les tribunaux au même titre que ceux des hommes.


Récolte agricole - Tombe d'Ineni, Thèbes-Ouest.
Protégées par la loi

En se mariant, les Egyptiennes  conservent leur nom – au plus ajoute-t-on “épouse de X”. Elles gardent leurs biens propres, qu’elles administrent à leur guise, même s’il peut aussi exister un contrat de mariage. Elles peuvent divorcer, intenter un procès pour récupérer tous les biens du ménage et gagner ce procès, puis se remarier. Si le divorce intervient sur l’initiative du mari, ce dernier devra céder une partie des biens communs à son épouse ; si c’est la femme qui prend l’initiative, elle est tenue à la même obligation, mais dans une moindre mesure.

Les papyrus araméens d’Éléphantine en témoignent, qui content la vie d’une certaine Mibtahyah, née vers -475 :”Mariée à quinze ans avec un juif d’Éléphantine, son père la dote d’une maison et d’un terrain. Veuve sans enfant treize ans plus tard, propriétaire d’une seconde maison que lui donne son père, mariée à un Égyptien, cette fois, divorcée en -440. Elle garde les maisons, selon le contrat de mariage, et intente un procès qu’elle gagne pour récupérer les autres biens du ménage. Elle épouse un autre Égyptien, qui la laisse veuve avec deux fils vers -420 et meurt dix ans plus tard.”


Pésèshèt est la première femme médecin et physicienne connue de l’humanité. Elle dirigeait un corps officiel de femmes médecins en Afrique noire durant l’Ancien Empire égyptien (- 3 000 à - 2 263). En 1930, Selim Hassan publiait le texte de sa stèle, traduisant son titre par "Superviseuse des docteurs" ou "chef des docteurs".

Le mari, toutefois, reste responsable du bien-être du ménage, comme le rappelle un scribe du Nouvel Empire à un jeune marié, avec une insistance qui laisse penser que les abus n’étaient pas rares : “Si tu es sage, garde ta maison, aime ta femme sans mélange, nourris-la convenablement, habille-la bien. Caresse-la et remplis ses désirs. Ne sois pas brutal, tu obtiendras bien plus d’elle par les égards que par la violence. Si tu la repousses, ton ménage va à vau-l’eau. Ouvre-lui tes bras, appelle-la ; témoigne-lui ton amour.”


Femmes de pouvoir

Dans quelle mesure l’Empire égyptien doit-il sa longévité et son rayonnement à la place des femmes dans la société ? Toujours est-il que pour l’égyptologue et romancier Philip Kayne, la répartition pragmatique du pouvoir au sein du couple royal fut un gage de stabilité et de bonne gouvernance : “Le trône d’Egypte était une affaire de famille homme-femme, dirigée par un tandem bicéphale, souvent fusionnel ou chacun jouait une partition conjointe, une main droite et une main gauche qui appartenait à un même corps”.

Même si, contrairement aux Egyptiens du peuple, le pharaon pouvait avoir plusieurs femmes, la “grande épouse” du roi – qui peut être sa soeur ou sa fille – reste sa conseillère et participe à la gestion des harems. Ainsi de nombreuses femmes ont-elles dirigé l’Egypte aux côtés de leur royal époux, possédant un pouvoir considérable.


"Le visage aux traits réguliers de Nefertiti, tel que l'on peut l'admirer au musée égyptien de Berlin, cachait un esprit bien fait et un cœur courageux," explique Philip Kayne.

La spiritualité aussi était-elle placée sous le signe de l’égalité des sexes, jusqu’à la complémentarité sous le règne des légendaires Akhnaton et Néfertiti. “C’est elle qui faisait la prière du soir au soleil couchant, explique Philip Kayne. Comme les textes en témoignent : Jamais Râ ne se couchait avant que Nefertiti ne l’ai salué”.

Nefertiti composait avec Akhenaton davantage qu’un couple, continue le romancier égyptologue,mais un vrai tandem qui a fonctionné de façon convaincante pendant 17 ansAkhenaton  n’aurait jamais pu mener à bien sa révolution monothéiste, politique et artistique sans le soutien de son épouse. A eux deux, ils accomplissent une formidable révolution des idées, des arts et de la religion, bouleversent les codes de la spiritualité, des arts, mais aussi du comportement social et de la bienséance puisque la nudité royale n’est plus un tabou. Le couple montre aussi sa proximité sentimentale et l’amour prodigué à leurs enfants,” poursuit-il. De fait, les reliefs et les fresques de l’époque représentent souvent les souverains en amoureux ou en famille, avec les enfants qui embrassent leurs parents.


Nerfertiti et Akhenaton et 3 de leurs 6 filles.
Reines de diplomatie

Derrière le duo composé par Nerfertiti et Akhenaton, il y a une autre femme : la reine Tyi, mère d’Akhenaton, qui initie sa belle-fille au monothéisme et aux arcanes du pouvoir. “Mère vénérée du pharaon, Tyi était, aux côtés de son époux, un fameux ministre, doué d’une grande finesse diplomatique pour gérer les affaires étrangères, notamment. Et quand son époux a commencer à décliner, c’est elle qui a pris le relais à la tête du royaume,” affirme Philip Kayne.


C’est toi la maîtresse de la terre […] tu as rendu le pouvoir des femmes égal à celui des hommes ! ​

Hymne à Isis, déesse “honneur du sexe féminin” (papyri d’Oxyrhynque)

Pharaon.ne ?

Pharaon ne se décline pas au féminin, explique Philip Kayne, car le principe est masculin. Mais il y a eu des pharaons femmes [les Egyptiens de l’antiquité distinguaient genre et sexe, ndlr], à commencer par la grande Hatchepsout, qui a dirigé l’Empire au même titre qu’un homme durant l’une des périodes les plus calmes et prospères de l’Empire“.

Fille de pharaon, Hatchepsout, tout d’abord régente de son neveu, occupe le pouvoir après plusieurs décès dans son entourage – une sorte de “coup d’Etat” en douceur. Sur les fresques et reliefs anciens, elle est représentée avec tous les attributs du pharaon, à commencer par le pagne et la barbe postiche. Son apparence est si semblable à celle des pharaons hommes qu’elle fait naître le doute : et si d’autres souverains habillés en hommes avaient, en réalité, été des femmes ?


Hatchepsout portant la barbe du roi (musée du Caire).

La célèbre Cléopatre VII (-69 à -30), elle, a connu un parcours similaire. Sœur de pharaon, elle est montée sur le trône à la mort de son frère, lorsqu’elle s’est retrouvée seule devant la vacance du pouvoir. Cléopâtre, Nefertiti, Hatchepsout… Lorsqu’on évoque l’Egypte de l’antiquité, les premières images qui viennent à l’esprit sont celles de ces femmes puissantes qui ont autant marqué leur temps et la postérité que les hommes qui furent leurs contemporains, si ce n’est plus. Ce qui inspire à Philip Kayne cette réflexion : “Indubitablement, la femme étyptienne de l’antiquité était l’avenir de l’homme… et inversement… quelle leçon de modernité, pour notre époque !


 

Le Belge Philip Kayne a étudié les civilisations anciennes pour finalement s’arrêter sur l’Egypte de la  XVIIIe dynastie (-1550/-1292 av. J.-C.), à l’apogée de la civilisation égyptienne antique. “Ecrivain fantôme” (ghost writer), il écrit pour d’autres des textes sur l’Egypte, avant de signer sa propre collection : Les conquérants d’Aton.
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