PLAIDOYER POUR LA MÉDECINE TRADITIONNELLE


[Lomé, Togo] Réunis à Lomé en décembre dernier, des chercheurs et experts de la médecine africaine venus des pays d’Afrique de l’ouest et du centre ont appelé à amplifier la collaboration entre les tradithérapeutes et les chercheurs pour mieux vulgariser les Médicaments traditionnels améliorés (MTA).

L’appel a été lancé à l’issue d’un colloque international sur la phytomédecine, organisé par le Centre de recherche et de formation sur les plantes médicinales (Cerfoplam) de l’université de Lomé.

Selon ces experts, l’un des freins au développement de la phytomédecine en Afrique est l’incapacité des tradithérapeutes à prouver l’efficacité et l’innocuité des plantes médicinales utilisées pour le traitement des pathologies.

Malheureusement, regrettent-ils, très peu de tradithérapeutes ont une collaboration « franche » avec les chercheurs, en vue d’une homologation de leurs produits.

« La plupart des tradithérapeutes acceptent de se faire accompagner par des chercheurs, mais rechignent à communiquer sur tous les composants de leurs produits », constate Yaovi Ameyapoh, le directeur du Cerfoplam.

Ce déficit de collaboration, au même titre que l’attribution de plusieurs propriétés à un même médicament traditionnel, expliquent l’absence des phytomédicaments dans les officines, explique le chercheur.

Pourtant, estime Abdoulatif Diallo, pharmacien et spécialiste en toxicologie à l’université de Lomé, la promotion des médicaments traditionnels améliorés constitue un enjeu de développement pour les pays africains.

Comparée à la médecine moderne, souligne-t-il, la phytomédecine qui est une médecine de proximité, est moins coûteuse et par conséquent, facilite l’accès aux soins aux populations les plus vulnérables.

« Du fait de son aspect naturel, la médecine traditionnelle est plus douce, c’est-à-dire avec moins d’effets secondaires que la médecine moderne », estime Abdoulatif Diallo.


Vulgarisation

Pour ce dernier, la vulgarisation des MTA devrait contribuer à développer l’industrie pharmaceutique dans les pays africains.

« Nos communautés pourront ainsi disposer de médicaments à tout moment et éviter les ruptures de stocks, peu importe la période puisque la production sera locale », renchérit Yaovi Ameyapoh.

Sur un tout autre plan, Komlan Batawila, enseignant-chercheur et directeur de recherche au Centre omnithérapeutique africain (COA) de Lomé est convaincu que la promotion de la médecine traditionnelle peut également contribuer à la lutte contre la déforestation.

Puisqu’ils auront besoin des plantes, explique-t-il, les tradithérapeutes sauront qu’il faut toujours reboiser.

« Ces plantes peuvent constituer des puits à carbone et réduire le réchauffement climatique», précise l’intéressé.

L’autre recommandation émise par les experts lors du colloque est l’inclusion des unités d’enseignement de la médecine traditionnelle dans les programmes de formation de médecine dans les universités africaines.


Briser la réticence

L’idée vise à briser la réticence des spécialistes de la médecine moderne vis-à-vis des MTA.

« Pour que les futurs médecins acquièrent l’habitude de prescrire les MTA, il faut commencer par les enseigner », relève Abdoulatif Diallo.

Pour sa part, Komlan Batawila estime qu’il faut arriver à un point où la médecine africaine et la médecine moderne deviennent complémentaires.

« Si nous arrivons à avoir des médecins qui disposent des deux compétences, nous pourrons détecter le champ d’intervention de chacune des deux médecines », conclut-il.

Toutefois, relativise Abdoulatif Diallo, l’intégration de la médecine traditionnelle dans le programme universitaire ne portera ses fruits que lorsque les apprenants seront certains de l’efficacité et de l’innocuité des MTA auxquels ils sont initiés.


 

Par: Fo-Koffi Djamessi  — © scidev.net — Crédit image: Manowar 1973

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