SÉNÉGAL: LA PUISSANTE CONFRÉRIE DES MOURIDES INAUGURE SA TRÈS GRANDE MOSQUÉE À DAKAR


La confrérie musulmane des mourides, l’une des plus influentes du Sénégal, a inauguré ce vendredi à Dakar l’une des plus grande mosquées d’Afrique, après 10 années de travaux financés par les fidèles.

A l’avant-veille de cet événement majeur pour ce pays d’Afrique de l’Ouest à plus de 90% musulman, les préparatifs étaient toujours en cours aux abords de l’édifice de marbre blanc, dans le centre de la capitale.

Au milieu de nombreux badauds, dont certains dorment à même le sol, des femmes lavent à grandes eaux son esplanade, pendant que, sur des échafaudages, des peintres s’activent sur les décorations de style oriental de la porte principale et que des techniciens tirent des câbles électriques ou sortent des camions des tapis de prière.

Des policiers en uniforme sont déjà bien visibles. Jeudi et vendredi, ils sont 1.600 à assurer la sécurité des visiteurs, attendus par dizaines de milliers, et à tenter d’endiguer les bouchons, qui s’annoncent dantesques malgré un plan de circulation spécial mis en place par les autorités.



Construit à l’initiative des mourides, l’une des confréries les plus importantes du pays avec celles des tidiane, des khadre et des layène, l’édifice a été bâti sur un ancien terrain marécageux de six hectares offert par l’Etat, dans le quartier populaire de Bopp.

La mosquée Massalikul Jinaan (les chemins du paradis), dont le nom est inspiré du titre d’un des poèmes (khassaides) du fondateur au XIXe siècle du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, se veut ouverte à l’ensemble des fidèles et son inauguration est un “événement pour l’ensemble de la communauté musulmane mondiale”, insistent ses promoteurs.

Les mourides, qui “dominent les secteurs du commerce, de l’import-export, de l’agriculture ou encore des médias”, selon le chercheur Cheikh Guèye, frappent un grand coup en s’implantant spectaculairement au coeur de Dakar. Ils tiennent “un symbole de cette puissance économique (qui) renforcera leur influence culturelle et politique” à Dakar, a ajouté le spécialiste, en rappelant l’origine rurale du mouridisme.

De nombreux mourides y voient une revanche sur l’ex-puissance coloniale française, qui avait choisi Dakar comme capitale du Sénégal et contraint Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké à l’exil au Gabon (1895-1902) puis en Mauritanie (1903-1907). Vénéré jusqu’à aujourd’hui au Sénégal et dans la diaspora, il avait ensuite été placé en résidence surveillée dans le nord du pays. Il est décédé en 1927 à Diourbel (centre).



Artisans marocains

L’édifice, recouvert de marbre blanc de Carrare et dominé par un dôme doré, est présenté par ses bâtisseurs comme “la plus grande mosquée en Afrique de l’Ouest”.

La mosquée est dotée de cinq minarets, dont le plus haut culmine à 78 mètres, de salles prière peuvant accueillir 15.000 personnes, autant que son esplanade, et garnie de lustres monumentaux et de décorations “faites à la main par des artisans marocains”.

“Avec ce bijou, nous n’avons aucun complexe par rapport à ce qu’on voit dans les pays arabes et ailleurs en Afrique”, a estimé le coordinateur des travaux, Mbackiyou Faye.

En Afrique, elle sera toutefois plus petite que la mosquée Hassan II de Casablanca, au Maroc, d’une capacité totale de 105.000 personnes, ou que celle en cours d’achèvement à Alger (120.000 fidèles).

Dès dimanche, des milliers de fidèles ont accueilli à Dakar l’actuel calife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, l’un des petits-fils du fondateur.

Agé de plus de 80 ans, le visage arborant une petite barbe blanche, le calife général vit la majeure partie de l’année à Touba (centre), principale ville sainte de la confrérie, devenue sous son influence la seconde agglomération du pays.



Edifiée grâce aux dons

Le chef spirituel des mourides a assisté ce vendredi autour de 14H00 (GMT et locale) à la grande prière hebdomadaire, en présence du président Macky Sall. L’ex-président Abdoulaye Wade, présent lors de la pose de la première pierre en 2009, a également été invité.

“Il serait hasardeux d’avancer un montant exact” pour l’édification de la mosquée et le complexe qui l’accompagne, mais il va “dépasser les 20 milliards de francs CFA” (30 millions d’euros), selon le coordinateur des travaux Mbackiyou Faye. Un institut islamique, une résidence et un musée devraient voir le jour à proximité.

Cette somme importante, dans un pays où la pauvreté touche environ 40% de la population, a été entièrement recueillie auprès des fidèles, de grandes fortunes sénégalaises, de chefs religieux, des personnalités politiques et de grandes entreprises.

Le gouvernement a quant a lui débloqué sept milliards de francs CFA (10,5 millions d’euros) pour la voirie, l’assainissement et l’éclairage des alentours.