LES ” VILLES ÉPONGES ” : UNE STATION D’ÉPURATION NATURELLE ?


Les scientifiques pensent que le réchauffement climatique augmente la probabilité d’événements météorologiques extrêmes, y compris les inondations. Mais certaines villes ripostent, utilisant le pouvoir de la nature pour atténuer les risques. En Chine, les quartiers en béton sont entrelacés d’espaces verts qui peuvent naturellement retenir et filtrer l’eau. Le même concept est utilisé à Singapour, qui a été surnommée “la ville-jardin” en raison de son abondance de verdure.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le terme “villes éponges” a en fait gagné un énorme soutien, en particulier en Chine. En effet, le gouvernement chinois a déjà choisi 16 villes pilotes et alloué à chacune d’entre elles entre 400 et 600 millions de yuans pour la mise en œuvre de stratégies innovantes de gestion de l’eau qui transformeraient progressivement ces villes en “villes éponge”.

Par exemple, le parc aquatique urbain de 34 hectares dans la ville de Harbin, dans le nord de la Chine, est un exemple de la mise en place réussie d’une “ville éponge”. Le parc créé pour recueillir les eaux de pluie fournit de multiples services écosystémiques: il collecte, nettoie et stocke les eaux pluviales et les laisse s’infiltrer dans le sol. En même temps, il protège et récupère les habitats naturels de la biodiversité environnante et fournit un espace public esthétiquement attrayant pour un usage récréatif.


Les rues sont construites avec des matériaux perméables et les terres-pleins centraux sont transformés en jardin pluviaux (Crédits : DR)

La “ville éponge” vise notamment à permettre un meilleur accès à l’eau potable dans les aires urbaines. Le problème est que l’urbanisation extensive et l’étalement urbain ont conduit à la formation de milliers de kilomètres carrés de zones imperméables composées de routes, trottoirs, toits et parkings imperméables qui ne permettent pas à l’eau d’être absorbée dans le sol. Ce dispositif vise aussi à diminuer la pollution de l’eau rejetée dans les rivières ou la mer. En effet, un autre problème clé de la ville actuelle est lié au fait que l’eau de pluie et les eaux usées sont collectées par un seul système de drainage. Lorsqu’il pleut, la station de traitement des eaux usées ne peut souvent pas accueillir toute l’eau transportée par les systèmes de drainage. Par conséquent, une grande partie de l’eau de pluie mélangée aux eaux usées est rejetée non traitée dans les rivières. Dans cette optique, la “ville éponge” permet en outre de limiter la dégradation des écosystèmes urbains et des espaces verts due à l’étalement urbain, qui a entraîné une perte considérable de biodiversité urbaine à cause de la perte des espaces verts urbains.

En conclusion, une “ville éponge” est une ville qui a la capacité d’intégrer la gestion de l’eau urbaine dans les politiques et les conceptions d’urbanisme. De plus, une «ville éponge» peut non seulement gérer l’eau de pluie en surplus sans causer d’inondations, mais aussi réutiliser l’eau de pluie pour aider à atténuer les impacts d’une eau stagnante et trop sale pour être utilisée dans la vie courante. Bien au contraire, par la création d’ “éponges” de verdure, de potagers et d’espaces verts denses, les “villes éponges” permettent une meilleure absorption de l’eau de pluie et rechargent les nappes phréatiques en sous-sol, le tout sans avoir besoin d’une aide mécanisée ou chimique telle que dans les stations d’épuration. Ainsi, cette eau peut être facilement traitée et utilisée pour l’approvisionnement en eau de la ville. La “ville éponge” est ainsi facilement adaptable à tous types de villes.


 

Par Mathilde Aupetit — © www.mediaterre.org