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Les sols fertiles ...
 

Les sols fertiles d’Afrique peuvent-ils nourrir la planète ?

23 Sept 2015
Categorie: Cartons rouges
Tag: PHP

 

 

Depuis 2007, les prix quasi record du maïs, du soja, du blé et du riz ont déclenché une ruée mondiale vers les terres arables. Des investisseurs se pressent pour louer ou acheter des terrains dans des pays où le mètre carré est bon marché, le gouvernement conciliant et la propriété foncière souvent bafouée.

La plupart de ces transactions se déroulent en Afrique, l’une des rares régions sur Terre disposant encore de millions d’hectares de terre en jachère et d’abondantes réserves d’eau pour l’irrigation.

Le continent présente aussi le plus grand « écart de rendement » de la planète : quand les producteurs de maïs, de blé et de riz aux États-Unis, en Chine et dans les pays de la zone euro obtiennent quelque 6 t de céréales par hectare, les paysans d’Afrique subsaharienne n’en produisent que 1 t en moyenne.

Au Liberia, une employée arrose des jeunes plants de palmiers à huile. Les responsables gouvernementaux espèrent que les 35 000 emplois promis par Sime Darby, le géant malaisien de l’huile de palme, permettront d’apaiser les tensions dans un pays ravagé par la guerre. © Robin Hammond

 

Avec son cocktail d’engrais, d’irrigation et de semences à haut rendement, la révolution verte a plus que doublé la production de céréales mondiale entre 1960 et 2000. Malgré plusieurs tentatives, elle n’a jamais éclos sur le continent noir.

 

En cause : la médiocrité des infrastructures, le manque de débouchés, la faiblesse de la gouvernance et les guerres civiles fratricides qui ont ravagé l’Afrique postcoloniale.

 

Un grand nombre de ces obstacles sont en train de tomber. L’économie de l’Afrique subsaharienne a connu une croissance soutenue d’environ 5 % par an au cours des dix dernières années, devançant celles de l’Union européenne et des États-Unis.

 

Les dettes nationales diminuent et les élections pacifiques se multiplient. Après n’avoir pratiquement rien investi dans l’agriculture africaine pendant vingt-cinq ans, la Banque mondiale et les pays donateurs ont rectifié le tir.

 

Le continent se transforme en laboratoire où tester de nouvelles méthodes de production alimentaire. Selon certains spécialistes, si les agriculteurs africains parvenaient à obtenir ne serait-ce que 4 t de céréales par hectare en utilisant la technologie existante – soit un rendement multiplié par quatre, ce qui reste une gageure –, ils pourraient non seulement mieux se nourrir, mais aussi exporter leur excédent de denrées. Cela leur permettrait d’obtenir les liquidités dont ils ont tant besoin, tout en contribuant à nourrir la planète.

 

 

En Éthiopie, Ajiem Ogalla, 11 ans, glane de l’awieo, un arbuste comestible, au milieu d’un champ de maïs planté par la société indienne Karuturi Global. Après avoir déplacé des villageois et abattu des forêts primaires, l’entreprise est au bord de la faillite. © Robin Hammond

 

Il est certain qu’il s’agit là d’une vision optimiste de l’avenir. La Thaïlande exporte actuellement davantage de produits agricoles que tous les pays subsahariens réunis, et le spectre du réchauffement climatique menace de porter un coup aux rendements africains.

 

L'Afrique, un paradis pour les multinationales

« Si vous écriviez une lettre à Dieu en lui demandant le meilleur sol et les conditions climatiques idéales pour le cultiver, c’est ce qu’il vous enverrait », plaisante Miguel Bosch. Cet agronome argentin dirige Hoyo Hoyo, une exploitation de soja de près de 10 000 ha située dans le nord du Mozambique. « C’est un paradis pour les cultivateurs. J’ai pratiqué l’agriculture au Brésil et en Argentine pendant de nombreuses années et je n’ai jamais vu un sol pareil. »

 

L’ancienne colonie portugaise s’est retrouvée au cœur de la ruée vers les terres africaines en raison de l’abondance de sols fertiles, de l’explosion de la demande de soja et de riz, et de la disposition du gouvernement à conclure de grosses transactions foncières.

 

En 2013, le pays était le troisième le plus pauvre de la planète, près de la moitié des enfants de moins de 5 ans y souffrant d’un retard de croissance dû à la malnutrition. La découverte récente de gisements de charbon et de gaz naturel de première qualité dans le Nord, qui s’ajoutent à d’autres concessions minières et forestières, modifie peu à peu le cours de son destin.

 

Depuis 2004, quelque 2,5 millions d’hectares ont été loués à des investisseurs, tant étrangers que nationaux, pour une diversité d’usages allant des produits forestiers à la canne à sucre en passant par les biocarburants.

Cela représente environ 7 % des terres arables du pays, ce qui est parmi les taux les plus élevés d’Afrique. Mais les 24 millions de Mozambicains, dont plus de la moitié vivent encore avec moins de 1 euro par jour, profitent peu de cette manne.

 

Une famille récolte du blé sur les hauts plateaux éthiopiens, où la famine peut sévir. Les petits paysans ont suivi des formations pour gagner en efficacité, mais les rendements des champs de blé du pays sont encore inférieurs d’un tiers à la moyenne mondiale. © Robin Hammond

 

Quand elles sont bien gérées, les grandes exploitations peuvent bénéficier aux populations locales. Il y a quatorze ans, Dries Gouws, ancien chirurgien en Zambie, a planté 12 ha de bananiers sur une citronneraie en faillite des environs de Maputo.

 

Progressivement, l’exploitation est devenue ce qu’il appelle « Bananalandia ». Avec ses 1 400 ha, c’est la plus grande bananeraie du Mozambique, et l’un des premiers employeurs du pays, avec 2 800 ouvriers permanents. La plantation de Gouws a transformé le Mozambique d’importateur en exportateur de bananes.

 

À mesure que l’exploitation grandissait, l’entrepreneur a pavé des routes, creusé des puits, construit une école et une clinique. Il a aussi posé 55 km de lignes électriques pour alimenter son système d’irrigation et les villages environnants où vivent ses employés. Les moins bien rémunérés touchent 10 % de plus que le salaire minimum ; les conducteurs de tracteurs et les managers gagnent plus du double.

 

 

Bananalandia, une entreprise de 1 400 ha implantée près de Maputo, au Mozambique, a amélioré la vie de la population locale. La société, qui emploie 2 800 ouvriers, a construit des routes et des écoles. Et a fait du pays un exportateur de bananes. © Robin Hammond

 

Récemment, une conférence destinée aux investisseurs agricoles a attiré à New York près de 800 dirigeants financiers du monde entier, gérant une enveloppe globale de 2 150 milliards d’euros. Ils représentaient des fonds de pension géants, des sociétés d’assurances-vie, des fonds spéculatifs, des fonds de placement privés et des fonds souverains.

 

Ils consacrent environ 5 % du total de leurs actifs aux investissements dans l’agriculture, et ce chiffre devrait tripler au cours de la prochaine décennie. Des experts de la FAO estiment qu’une injection aussi massive de fonds privés, de technologie et d’infrastructures est exactement ce dont l’agriculture mondiale a besoin.

 

Selon eux, il faudra investir 60 milliards d’euros par an dans l’agriculture des pays en voie de développement pour nourrir 2 milliards de personnes supplémentaires d’ici à 2050.

 

 

Src : nationalgeographic.fr