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L’or noir, le futur du Sénégal ou sa condamnation ?

04 Juin 2015
Categorie: Actualités
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Cairn Energy a annoncé la découverte de pétrole à 100 kilomètres des côtes du Sénégal exactement à 1 427 mètres de profondeur sur le puits FAN-1, situé sur le bloc Sangomar profond ("Sangomar deep"). Les premières estimations des réserves de ce puits vont de 250 millions de barils de pétrole à 2,5 milliards de barils.
A cela vient s’ajouter, selon les Américains, de la plus importante découverte de pétrole et de gaz au large des côtes ouest-africaines, précisément entre Saint-Louis et Kayar.
Cependant, n’oublions pas que les conséquences pour l'environnement sont considérables tout au long du processus de développement pétrolier (pollution atmosphérique urbaine, pollution des océans, destruction de la biodiversité, appauvrissement de divers écosystèmes, etc.)

Cairn Energy a annoncé la découverte de pétrole à 100 kilomètres des côtes du Sénégal exactement à 1 427 mètres de profondeur sur le puits FAN-1
© Shutterstock

 

D’après Green Peace, le pétrole « facilement » accessible se raréfie de plus en plus, c’est pourquoi l’exploitation de ce combustible devient toujours plus périlleuse et nuisible. La demande étant en croissance permanente alors que le pétrole se fait de plus en plus rare, les compagnies pétrolières vont toujours plus loin pour satisfaire la demande. Ainsi, la coûteuse technique de forage des fonds marins est de plus en plus rentable, tout comme le processus de production de pétrole à partir de sables bitumineux, terriblement nuisible et énergivore.

Le Delta du Niger est un bon exemple de région où les problèmes environnementaux dus au pétrole sont source de pauvreté pour les populations vivant dans un pays producteur. Selon Amnesty International, en 50 ans ce sont près de 9 millions de barils bruts qui se sont déversés dans le Delta… soit près de 1.200.000 tonnes de pétrole ! Un rapport de 2011 émanant du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) avait d’ailleurs alarmé : « La restauration environnementale de l'Ogoniland pourrait bien être l'exercice de nettoyage de pétrole le plus vaste et le plus long jamais réalisé dans le monde si l'on veut ramener à un état entièrement sain l'eau potable, les sols, les criques et les écosystèmes importants tels que les mangroves, qui sont contaminés ». 

Le contexte : le pétrole en Afrique

L’Afrique de l’Ouest est connue pour la qualité de son pétrole et fait l’objet de nombreuses convoitises. Cependant, celles-ci ne sont pas sans conséquences au niveau interne et international :

  • l’Afrique produit aujourd’hui 10% de la production mondiale de pétrole (soit plus de 376.4 millions de tonnes de pétrole par an)
  • les Etats-Unis souhaitent que 25% de leur énergie soit fournie par l’Afrique d’ici à 2015 pour réduire leur dépendance à l’égard d’Etats politiques versatiles
  • la Chine entend fortement concurrencer les Etats-Unis pour le pétrole africain, et s’est déjà implantée au Soudan
  • la course au pétrole provoque et alimente des conflits au sein de nombreux pays, et intéresse tout particulièrement les groupes terroristes et mafieux
  • la fraude et la corruption sont un problème majeur
  • les conflits interétatiques sont causés par le problème de délimitation des frontières (en particulier maritimes par rapport aux forages off-shore)

En quoi consiste un forage pétrolier off-shore ?

La mise en œuvre d’un forage off-shore passe par plusieurs phases complexes. Cependant, 2 seules vont retenir notre attention en l’espèce, car ce sont celles qui ont un impact sur l’environnement :

  • Les études sismiques (pour obtenir des cartes sur lesquelles sont définis les blocs où trouver les gîtes d’hydrocarbures, autrement dit là où il y a le plus de chances de trouver du pétrole)
  • Le forage : il y a plusieurs techniques différentes de forage, différentes plateformes, mais l’essentiel consiste à équiper un navire avec une structure permettant de creuser le fond des océans de manière très profonde.

 

Le pétrole déversé en mer constitue une pollution importante et préoccupante à l’échelle globale. Sachant que le cinquième de la production provient des gisements offshores, des accidents surviennent pendant l'extraction et le transport des hydrocarbures. On estime à six millions de tonnes par an la quantité d'hydrocarbures introduite dans les océans par l'activité humaine ce qui constitue par conséquent une cause fondamentale de la pollution des océans.
© Shutterstock

 

Quels sont les risques environnementaux et sociaux d’un forage pétrolier en milieu marin au Sénégal ?

L’économie du Sénégal est principalement fondée sur le tourisme et la pêche, sources principales de revenus pour de nombreux Sénégalais. Si le pétrole peut également constituer une ressource vitale pour un pays, les expériences précédentes en Afrique de l’Ouest nous imposent un peu de réflexion avant de se lancer dans une ruée vers l’or (noir). Le Rapport d’Evaluation des Industries Extractives (EIR) a ainsi pu montrer les failles d’une fièvre pétrolière dans la région et il est inutile de rappeler le désastre écologique du delta du Niger (Nigeria) qui, par ailleurs, n’est toujours pas réglé.

Les risques écologiques les plus importants :

  • Dégradation des écosystèmes par l’activité de forage (ayant ainsi un impact sur toute une chaîne environnementale et donc sur la pêche et le tourisme)
    • bruits et vibrations
    • déchets solides et liquides
    • perturbation des fonds marins
    • invasions possibles d’espèces toxiques transportées par les eaux de ballast (des cales des navires)
  • Marée noire (risque augmenté du fait du fort trafic maritime pétrolier en Atlantique)

Une destruction lente des écosystèmes marins et côtiers ferait s’effondrer le tourisme et la pêche ! Or, même si les industries de la pêche ou autres ont des impacts sur l’environnement, ils s’équilibrent par les bénéfices que le pays en tire. Mais l’exploitation pétrolière est souvent de courte durée (une dizaine d’années) et ne contribue donc que de manière brève à l’économie du pays, tout en ayant détruit à long terme les ressources de celui-ci.

Ainsi, avant de se lancer dans une exploitation intensive du pétrole sénégalais, réfléchissons aux risques de conflits et aux tensions que cela pourrait engendrer. Le Sénégal étant l’un des rares pays d’Afrique à demeurer paisible, ne devrions-nous pas adopter l’adage « pour vivre heureux vivons cachés » ? Enfin, quitte à penser pétrole, pensons « durable » par des stratégies nationales d’énergie renouvelables (le gaz et le pétrole n’étant pas inépuisables !). Comme vous le savez, préserver votre bien-être et celui de vos enfants passe par la préservation de l’environnement !

© 2015 VIE | Par Jacques Momar Ndiaye