------
------
 

Intimidation, lobbying agressif : l’industrie du tabac s’attaque à l’Afrique

20 Septembre 2017
Categorie: Actualités
Tag: PHP

 

 

Dans plusieurs pays d’Afrique, les géants de l’industrie du tabac exercent une pression sans nom sur les gouvernements et instances de régulation. Leur but : empêcher toute tentative de régulation quant à leurs produits. Les gouvernements de pays comme le Kenya, l’Uganda, la République Démocratique du Congo, le Gabon, le Togo ou encore l’Ethiopie recevraient ainsi fréquemment des messages voués à l’intimidation. À l’origine de ces pressions, on trouve, entre autre, la British American Tobacco (BAT), l’un des plus grands producteurs de tabac au monde, à qui l’on doit la commercialisation des marques Pall Mall, Lucky Strike, ou encore Winfield.

Source: Valeria Rodriguez / CC0 / pixabay.com

 

Dans une longue enquête publiée cet été, The Guardian nous révèle que la British American Tobacco, ce monstre de l’industrie du tabac, tenterait actuellement de réduire à néant les tentatives des gouvernements kenyans et ougandais dans la mise en place de régulations. Ayant eu accès à des documents exclusifs, le journal révèle que les avocats de BAT demandent à la haute cour du pays « d’annuler intégralement » un ensemble de règlementations anti-tabac et de renoncer à des taxes qu’ils jugent être « un caprice ».

 

En Ouganda, les mêmes avocats ont fait pression en invoquant la Constitution du pays, et arguant que le « Tobacco Control Act » visé par le pays était « incompatible et contraire » à celle-ci. Les autres pays ont également reçu des lettres où ressortaient les tentatives d’intimidation du BAT, qui s’appuient notamment sur l’argument économique (les pays qui souhaiteraient réguler la consommation de tabac en subiraient soit-disant les conséquences).

Alors qu’il est désormais pratiquement impossible pour cette industrie de manipuler les gouvernements occidentaux, l’Afrique semble le nouveau terrain de jeu à tous les abus pour généraliser une pratique jusqu’ici marginale.

La jeunesse, cible privilégiée dans les pays d’Afrique

 

Une femme africaine triant des feuilles de tabac

 

Si BAT déploie tant d’efforts pour faire reculer la mise en place de régulations quant au tabac dans les pays d’Afrique, c’est bien que l’intérêt pour ces géants de la cigarette est de taille.

Alors que la majorité des pays européens ont mis en place des législations strictes et des taxes importantes sur ces produits, l’Afrique continue d’afficher des disparités importantes quant à ces mesures. Il s’agit là d’un véritable patchwork législatif. Bien que la plupart des pays d’Afrique aient signé le traité sur la régulation du tabac de l’OMS, aucun n’a encore adopté les restrictions préconisées par celui-ci. L’OMS prévoit une augmentation constante de la consommation de tabac dans 17 des 30 pays d’Afrique, parfois à des taux dramatiques. On estime à 77 millions le nombre de fumeurs en Afrique, un chiffre qui devrait augmenter encore de 40% par rapport aux niveaux de 2010 d’ici 2030, ce qui représente la plus forte augmentation prévue dans le monde.

 

 

Au cœur de cette augmentation, on trouve, en outre, le ciblage des populations jeunes, voire très jeunes, par les géants de la cigarette. En effet, avec une population jeune en augmentation et une richesse qui s’accroit, l’Afrique représente un marché futur d’envergure pour l’industrie. Si les entreprises nient cibler les enfants et adolescents, une étude menée par la Johns Hopkins School of Public Health et l’association de consommateurs kenyans révèle que certains vendeurs n’hésitent pas à se poster sur les routes empruntées par les écoliers. Il n’est pas rare d’y trouver des cigarettes vendues à l’unité, juste à côté des bonbons et des sodas.

 

Au Kenya, l’enjeu au-delà des frontières

Porté devant la Cour Suprême, la bataille juridique qui oppose BAT au gouvernement kenyan devrait trouver résolution dans les jours à venir, les élections du 8 aout étant passées. Et l’enjeu dépasse les simples frontières du pays : si le gouvernement perd, le signal pour les autres pays engagés contre l’industrie du tabac sera mauvais. Déjà coûteuse, il serait d’autant plus probable que ceux-ci renoncent tout à fait à s’opposer aux grands industriels. Au Kenya, BAT travaille déjà depuis 15 ans à repousser la mise en place de mesures vouées à restreindre la promotion et la vente de cigarettes, engageant à chaque fois des batailles à tous les niveaux du système juridique.

 

 

Src: mrmondialisation.org