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Isatou Ceesay ...
 

Vidéo: Isatou Ceesay, pionnière du recyclage en Gambie

18 Dec 2015
Categorie: Actions
Tag: PHP

 

 

Aux quatre coins de la planète, des héros de l'ombre sauvent la planète. Parmi eux, Isatou Ceesay, pionnière du recyclage des déchets en plastique en Gambie, petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest.

Isatou Ceesay, 40 ans, est la fondatrice de Women’s Initiative-The Gambia (WIG), une ONG regroupant 2 000 femmes qui confectionnent chaque semaine des portefeuilles, cabas, ballons pour les enfants, chaussures et autres créations à base de sacs en plastique.

© geo.fr

 

La vente de ces accessoires, découpés, tricotés ou cousus avec patience, leur assure un revenu mensuel pouvant monter jusqu’à quatre-vingts euros. Dans la petite Gambie d’Isatou (deux millions d’habitants, dont la moitié vivant sous le seuil de pauvreté), les sacs en plastique ont longtemps représenté 20 % des déchets rejetés par la population. Avec des conséquences nocives sur l’environnement, la biodiversité et la santé publique.

 

C’est d’ailleurs en voyant les femmes de son village natal de N’Jau utiliser du plastique pour allumer leurs braseros qu’Isatou a eu un déclic. "Elles et leurs enfants respiraient les vapeurs toxiques, raconte-t-elle. J’ai compris qu’il fallait changer ces pratiques."

En 1997, un volontaire américain, membre des Peace Corps, lui a appris à valoriser ce matériau, à défaut de pouvoir le faire disparaître. Isatou, alors sans emploi et mère divorcée de trois enfants, a donc entrepris, avec quatre habitantes de son village, l’éducation des femmes du coin afin qu’elles recyclent leurs déchets. "Ici, par habitude on déverse ses ordures puis on les oublie, résume Isatou. Mais les effets secondaires frappent à votre porte rapidement : l’air est nauséabond, les maladies se développent. En Afrique, on dit que si le voisin n’est pas en bonne santé, on ne va pas bien non plus."

 

Chemin faisant, Isatou a affronté d’autres défis.

Par exemple celui d’amener plus de femmes à rejoindre son combat. "Dans notre culture, on les relègue généralement à la maison, explique-t-elle. Pourtant, quand elles agissent, leur engagement et leur force sont impressionnants." Aujourd’hui, les membres de son ONG ne se contentent pas de recycler les déchets de plastique.

A Brikama, la deuxième ville du pays, le groupe local de WIG, aidé par le conseil municipal, fabrique des briquettes de combustible à partir de papier ou de déchets organiques : feuilles de manguier, herbes séchées ou fibres de coco. Propre et économique, cette alternative au charbon de bois toxique contribue également à ralentir le déboisement dans la région. "Pour aimer l’environnement, il faut commencer par s’aimer soi-même", aime répéter Isatou à celles qui la rejoignent.

 

En dix- huit ans d’efforts, elle a contribué à faire bouger les femmes de son pays... et aussi les hommes !

C’est après avoir consulté son association que le gouvernement a finalement interdit, cette année, l’importation de sacs plastique en Gambie. Pour autant, Isatou reste lucide : "Au-delà du plastique, il nous reste un long chemin à parcourir en Afrique." Sur fond d’explosion urbaine, rappelle une étude de spécialistes canadiens en développement publiée en 2013, le volume de déchets de toutes sortes rejetés par les villes du continent devrait avoir triplé d’ici à 2100.

 

 

Par Maxime Riché (texte) et Luke Duggleby (images) / Climate Heroes. Src : geo.fr