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1ère édition
 

1ère édition : Sac plastique ou sac papier ? Pas si simple ?!?

03 Mars 2015
Categorie: Green Talks
Tag: PHP

 

 

Ce mercredi 25 février, l’IMEM et Ecofund ont inauguré les « Green talks ». Il s’agit d’une série de débats publics (Talks) chaque dernier mercredi du mois sur les thèmes qui touchent notre environnement (Green). L’objectif est de pouvoir entendre toutes les parties et de faire émerger des solutions qui impliquent tant le secteur privé, que les populations et les autorités publiques sur la problématique traitée.

Panélistes : - M. Yves Crémieux, directeur général de l’entreprise Rufsac - M. Ibrahima Hawili, directeur général de la Simpa - M. Djibrilou Ba secrétaire général de l’UPIC (organisation du patronat sénégalais CNP rassemblant les industriels)
Modérateur : Professeur Adams Tidjani

 

Le public est venu nombreux pour participer au débat « sacs en papier ou sacs en plastique », un thème d’actualité au Sénégal.

 

En effet, nous tous sommes témoins de la dégradation de l’environnement au Sénégal. Il est donc impératif d’avancer ensemble, ce qui explique le choix d’inviter à la fois des acteurs de l’industrie, des représentants de l’Etat et de la société civile.

 

Le Prof. A. Tidjani a ouvert le débat en revenant sur les avantages du plastique (adaptabilité, sécurité, coût faible ou gratuité) qui ont d’une part conduit à son utilisation intensive dans tous les secteurs d’activité, et d’autre part au problème des déchets au Sénégal. Les déchets plastiques ont des impacts désastreux sur l’environnement, la santé ou encore sur le plan visuel.

 

Pour Ibrahima Hawili, directeur général de la Simpa, entreprise créée en 1958 et spécialisée dans la fabrication d’emballages en plastique, on présente trop souvent la question sous le prisme d’une opposition entre les industriels et l’environnement. Cependant il est important de « situer les vrais responsabilités et de privilégier le dialogue ». M. Hawili dénonce le fait d’être « montré du doigt » en tant que fabricant de plastique alors que les déchets plastiques que l’on voit partout au Sénégal sont constitués de sachets noirs à bretelles qui ne sont pas fabriqués au Sénégal mais importés sans aucune contrôle par les pouvoirs publics.

 

 

En plus, on ne peut pas nier que les industriels du plastique sont créateurs d’emplois, la filière plastique à elle seule représente au Sénégal plus de 300 milliards FCFA/an.

 

Pour Yves Crémieux, directeur général de l’entreprise Rufsac, créée en 1978 à Rufisque et spécialisée dans la fabrication de sacs en papier, le processus de transformation du papier en fait une matière naturelle, renouvelable et biodégradable. Toutefois cette industrie nécessite des investissements très importants et dépend de la disponibilité de l’eau et du bois. Le public a réagi en questionnant la qualité de l’eau rejetée suite au processus de fabrication mais aussi aux effets dévastateurs possibles sur les forêts. Pour Y. Crémieux, il faut une exploitation raisonnée, ce qui permet aux propriétaires de forêt d’obtenir le label environnemental Forest Stewardship Council (FSC), qui assure notamment que la production de bois respecte les procédures censées garantir la gestion durable des forêts.

 

Pour revenir au sujet du débat « sac en plastique ou sac en papier », évidemment il existe un enjeu entre le papier et le plastique. Mais il n’y a pas de guerre entre ces deux secteurs. Le papier est une des alternatives possibles mais pas un produit de substitution. Le sac en papier peut néanmoins contribuer à réduire la prolifération de sachets dans les villes et villages du Sénégal.

 

 

Au moment de notre débat - quelle coïncidence - le conseil des Ministres a approuvé le projet de loi interdisant la fabrication et la vente de sachets inférieurs à 30 microns (les sachets noirs) et la distribution gratuite de tous les sachets plastiques. Selon M. Hawili et D. Ba secrétaire général de l’UPIC (organisation du patronat sénégalais CNP rassemblant les industriels), ce projet de loi a été élaboré avec l’adhésion des industriels du plastique.

 

En outre, le secteur privé contribue à la réduction des déchets plastiques ; par exemple, l’entreprise Simpa effectue des recherches pour produire des plastiques biodégradables, et a recyclé 3.200 tonnes de plastique en 2014. Simpa vient également de lancer un réseau de recyclage baptisé Recuplast à Sicap Mbao pour un investissement de 3,5 millions €. D’autres 2 initiatives existent comme celle de Thiès avec le réseau Proplast qui compte plus de 1.800 collecteurs. Cela est bon à savoir !

 

En parallèle, que faisons-nous « nous », citoyens et usagers de plastique ?

 

Vers la fin du débat, pour l’ensemble des intervenants, il ne fait aucun doute que le problème du plastique n’est pas la production en soit et ne se limite pas aux sachets. Il concerne aussi les bouteilles d’eau et les tristement célèbres gobelets de café Touba jetés trop facilement ici et là …

 

Au-delà de la dégradation de l’environnement, c’est ce genre des comportements qui rend la collecte difficile et coûteuse, et par conséquent limite le recyclage des déchets plastiques.

 

Nous tous sommes d’accord qu’il faut changer du comportement, qu’un enseignement de l’écologie ou tout du moins des gestes basiques de protection de l’environnement sont nécessaires : arrêter de jeter tout et n’importe quoi dans la rue sans se préoccuper de la gêne occasionnée (pollution visuelle, obstruction des regards d’évacuations des eaux pluviales, empoisonnement de la terre et des animaux ruminants…).

 

 

En conclusion, il ressort des discussions :

  • . que tous les acteurs, les industriels, les pouvoirs publics et la société civile sont favorables à la loi interdisant les sachets plastiques fins ;
  • qu’il faut interdire la gratuité des sachets plastiques, afin « d’internaliser » - selon le principe « pollueur-payeur » - les coûts de collecte et de recyclage ;
  • cela permettra de mieux valoriser les déchets plastiques pour développer une économie verte et créer des emplois ;
  • avant tout et dès maintenant, il faut responsabiliser le consommateur à changer son comportement : jetons nos déchets à la poubelle et pas dans la nature ;

 

Le débat a ainsi permis d’apporter aux participants une meilleure connaissance de la problématique des déchets plastiques et du projet de loi sur les sachets plastiques. Celui-ci a été certes adopté le même jour au Conseil des Ministres, mais il reste encore à ce qu’il soit ratifié par le Parlement et surtout qu’il soit effectivement respecté.

 

© 2015 VIE | par Nicolas Bassène