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Quand les écosystèmes saturent

03 Octobre 2017
Tag: PHP

 

 

Le trou dans la couche d’ozone et le dérèglement climatique actuel sont deux illustrations de la capacité de notre espèce à modifier de façon drastique le fonctionnement du système Terre. L’eutrophisation des écosystèmes en est une troisième. S’il reste encore peu familier du grand public, ce phénomène associé au déversement dans les cours d’eau et les nappes phréatiques d’importantes quantités de nitrates et de phosphates n’en témoigne pas moins de l’influence à large échelle des activités humaines sur l’environnement.

Certains grands lacs d’Afrique de l’Est, jusqu’ici épargnés, pâtissent de plus en plus des effets de l’eutrophisation. Ci-dessus, le lac Victoria, le plus grand lac d’Afrique, voit son écosystème se dégrader en raison de la pollution aux algues vertes. © James MORGAN/PANOS-REA

 

Du grec eu (bien) et trophein (engraisser, nourrir), l’eutrophisation se caractérise par la perturbation d'un écosystème aquatique dûe à un apport excessif de nutriments. « Ce syndrome peut être assimilé à l’indigestion d’un écosystème ayant emmagasiné tellement de nutriments qu’il n’est plus en mesure de les décomposer par lui-même », résume Gilles Pinay, directeur de l’Observatoire des sciences de l’Univers de Rennes (OSUR)

 

Un phénomène mondial en pleine accélération

Si les effets les plus visibles de cette fertilisation non consentie que sont les proliférations ponctuelles d’algues sont décrits depuis l’Antiquité, le phénomène prend véritablement une dimension planétaire vers la fin du XIXe siècle, lorsque commencent à se multiplier les grandes agglomérations et leur cortège de zones industrielles. Directement liée aux rejets dans les fleuves des eaux usées issues de ces vastes aires urbaines, cette pollution sera jugulée de manière efficace dès lors que les villes décideront de s’équiper de stations d’épuration. « La première crise moderne associée à l’eutrophisation remonte aux années 1970, lorsque des milieux naturels emblématiques tels que les Grands Lacs d’Amérique du Nord ou le lac Léman ont vu leur concentration en oxygène diminuer de manière drastique », complète le biogéochimiste du CNRS. La réduction puis l’interdiction des phosphates dans les lessives va à son tour permettre d’enrayer cette première alerte d’eutrophisation.

 

Outre une augmentation de la fréquence et de l’importance du phénomène, on constate par ailleurs une extension des effets de l'eutrophisation à des zones géographiques qui étaient jusqu'ici épargnées comme certains grands lacs d'Afrique de l'Est ou les lagunes méditerranéennes.

Nous avons un legs de près d’un siècle de relargage d’azote et de phosphore dans l’environnement, que les écosystèmes aquatiques ne sont toujours pas parvenus à épurer.

L’agriculture intensive pointée du doigt

En raison des engrais chimiques qu’il utilise en abondance pour fertiliser les cultures et des grands volumes d’effluents provenant des élevages industriels, le modèle agricole intensif actuel est régulièrement pointé du doigt lorsqu’on évoque le problème de l’eutrophisation. Les récents épisodes de marées vertes en zone littorale ou les proliférations de microalgues toxiques qui touchent certains lacs de basse altitude en période estivale ont toutefois des origines anciennes.

Ces dernières années, la limitation des épandages de lisier en plein champ, la réduction de l’érosion des sols via la plantation de cultures hivernales ou la promotion de pratiques agricoles moins gourmandes en engrais chimiques furent autant de mesures prises au niveau européen dans le but de réduire l’impact de l’eutrophisation sur les écosystèmes aquatiques.

 

Les algues vertes se sont mises à proliférer dans la Loire, bloquant ici l’écluse du port de Roanne. En cause : l’agriculture intensive, responsable de la présence dans l’eau de quantités excessives de nitrate. © Pierre GLEIZES/REA

 

Des symptômes aggravés par le réchauffement climatique

Dans le contexte du changement climatique global, parvenir à identifier les écosystèmes aquatiques les plus sensibles à l’accroissement de ces flux d’éléments nutritifs s’avère plus que jamais primordial pour lutter contre l’eutrophisation. Parce qu’elle devrait stimuler la production de biomasse végétale tout en diminuant la concentration d’oxygène dissous dans l’eau, l’élévation progressive des températures risque en effet d’amplifier les symptômes actuels de l’eutrophisation des milieux aquatiques.

 

« Parvenir à définir avec précision les régions du globe où il sera possible de poursuivre une activité agricole sans dommage pour l’environnement et celles qui devront au contraire être sanctuarisées constituera à coup sûr un élément déterminant du combat contre l’eutrophisation dans les prochaines années », conclut Gilles Pinay.

 

Src: lejournal.cnrs.fr