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Réconcilier l'écologie et l'économie

09 Mars 2016
Categorie: Actions
Tag: PHP

 

 

Nous avons aujourd’hui besoin d’une économie écologique qui nous permette de créer un lien fort entre économie et environnement et qui nous aide à comprendre les flux de matières et d’énergie utilisés et rejetés par nos activités économiques. La mise en oeuvre d’une telle économie dans le monde actuel exige de nouvelles régulations et beaucoup d’innovations techniques et sociales, mais aussi des citoyens actifs impliqués dans la transition.

Récolteur d’arachide dans le Sine - Saloum (Sénégal).
© 123rf

 

Des conditions que l’Afrique tarde à mettre en oeuvre :

  • pas d’éducation environnementale à l’école,
  • même si elle est en évolution, il y a peu de conscience environnementale des populations ce qui est indispensable pour une implication de ces dernières,
  • la réglementation pour la préservation de notre environnement se met en place timidement.

Les économistes ont longtemps établi des théories économiques sans se préoccuper de l’environnement. Ce n’est qu’en 1970 que les économistes ont commencé à intégrer dans leurs modèles les limites physiques de la biosphère. Il s’agit aujourd’hui d’intégrer l’environnement à l’économie (et non pas l’inverse) sans remettre en cause ni la croissance, ni le marché. D’après un analyste économique, il s’agit de constituer une « économie de l’environnement », comme on a constitué une économie dans d’autres domaines. Cela suppose de donner une valeur monétaire à la nature mais aussi d’intégrer le temps pour calculer les prix futurs : une évaluation qui se fait à travers l’application d’un taux d’actualisation (technique de calcul visant à rendre comparables le prix d’une ressource à des dates différentes). Malheureusement, dans son mode de calcul actuel, l’économiste a souvent tendance à minimiser la valeur future des ressources naturelles ou encore les coûts induits par le changement climatique.

 

Si les taxes ou l’émission de droits à polluer ont leur place dans les politiques de protection de l’environnement, il s’agit néanmoins d’outils réactifs proposant de gérer des problèmes au niveau macro-économiques.

 

Pêcheurs sénégalais
© Mag VIE 31

 

La notion de « soutenabilité faible »

Deux économistes, Robert Solow et John Hartwick, ont tenté d’étendre le concept de capital à l’ensemble de la nature. Selon eux, l’économie fonctionne grâce à trois types de capitaux : le capital physique (les machines, les infrastructures), le capital humain (les hommes et leurs compétences) et le capital naturel (l’ensemble des ressources naturelles). Pour qu’une économie soit soutenable, la somme de ces trois capitaux doit au minimum être constante. La diminution de l’un pouvant être compensée par l’accumulation d’un autre. En fait, si une ressource naturelle est totalement épuisée, il est possible d’en compenser la perte en investissant d’avantage dans une ressource de substitution - par exemple quand il n’y a plus de pétrole, il suffit d’avoir suffisamment investi antérieurement dans les éoliennes.

 

L’économie écologique

Aujourd’hui l’uniformisation des modes de vie, la dégradation de la qualité de vie, la détérioration du lien social, le suréquipement et la technicisation de la société inquiètent.

 

Devant cette situation critique, Robert Costanza, l’un des pionniers de l’économie écologique, estime qu’il faut valoriser le capital naturel. A l’instar de Nicholas Stern et son étude sur le prix du climat et, Pavan Sukhdev et son économie des écosystèmes et de la biodiversité, il faut nécessairement déterminer les valeurs des « services » écosystémiques : valeurs d’usage directes, valeurs d’usage indirectes, taux d’actualisation, valeurs de non usage ou valeurs intrinsèques. En d’autres termes, renoncer à détruire revient-il plus cher que de sauvegarder un bien commun tel que le climat ou la biodiversité ?

 

Agriculture durable
© Mag VIE 31

 

Tout récemment, Costanza et son équipe ont évalué à quelque 33 000 milliards de dollars par an la totalité des services rendus à l’humanité par les écosystèmes de la planète. Ces chiffres montrent que la valeur du capital naturel est supérieure au PIB mondial annuel qui est de l’ordre de 18 0000 milliards. Ce pourquoi Costanza propose de substituer le bien être à la croissance. D’après Agnès Sinaï, comme Richard Layard et Robert Frank, le bienêtre national augmenterait si les habitants consommaient moins et s'ils consacraient plus de temps à leur famille, à leurs amis, à travailler pour la société, à entretenir leur santé mentale et physique et à profiter de la nature.

 

A partir de toutes ces analyses, l'économie écologique propose d'intégrer les contributions non marchandes à l'économie par des indicateurs, comme l'indice du développement humain des Nations unies, l'indice de bien-être économique durable, ou l’indicateur de progrès véritable.

 

De la réconciliation à l’action

De nombreux économistes de renom ont aujourd’hui reconnu les limites de la biosphère ; ils se proposent de changer de paradigme pour créer une prospérité sans, ou avec une moindre, croissance. Leur crédo : vivre mieux. Ils appellent de tous leurs voeux une planification écologique et d’un « new deal vert » pour reconvertir l’emploi et rénover nos infrastructures. Ils prônent enfin, le renouvellement de la modélisation macro-économique pour adapter nos politiques économiques à la transition écologique, la réduction des inégalités et un meilleur partage des ressources ou encore la redéfinition du rôle de la monnaie.

Il reste maintenant à ces chercheurs de proposer des mécanismes économiques opérationnels qui permettent au bien-être et à la biosphère de « s’entendre » pour le meilleur et pour le pire…

 

Src: Mag VIE N° 31 du 26-11-13