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Corniche Ouest ...
 

Construction sur le domaine maritime de la Corniche ouest : la création d’un observatoire du littoral s’impose.

03 Avr 2014
Categorie: Cartons rouges
Tag: PHP

 

 

Depuis quelques années, nous assistons à un accaparement progressif de la Corniche Ouest de Dakar. Longtemps préservé, le domaine public maritime fait l’objet de toutes les convoitises depuis une dizaine d’années. Ainsi, nous avons assisté impuissants à la construction d’hôtels, d’immeubles d’habitation, de villas et tout ceci malgré les récriminations des riverains et des défenseurs de l’environnement. Aujourd’hui, l’opinion sénégalaise est scandalisée par la supposée construction de l’ambassade de Turquie à proximité de l’hôtel Terrou-Bi sur la même corniche.

 

 

Cette réaction indignée de l’opinion publique sénégalaise traduit une prise de conscience progressive de celle-ci sur les enjeux environnementaux, qui, espérons, se traduira par une implication grandissante des populations dans tout projet pouvant impacter la vie de la cité.

Cependant, loin de nous l’idée de se focaliser sur la construction de la supposée ambassade de Turquie, qui n’est pas le seul édifice à sortir des entrailles de notre corniche. On peut également citer l’édifice qui s’érige à proximité du Radisson Blue. Mais, dans ce dernier cas, le maître d’œuvre a eu la présence d’esprit d’ériger une barrière en tôle avant les travaux : par souci de sécurité ou pour cacher son œuvre des regards ? On pourrait ainsi continuer à citer d’autres édifices en chantier sur la corniche ouest. La plupart de ces chantiers ne portent aucune plaque d'information, plaque devant être obligatoirement placée à l'entrée de tout chantier pour informer les tiers de la nature des travaux, le numéro permis de construire et les partenaires de la construction (qui est maître d'œuvre, maître de l'ouvrage, entrepreneurs, bureaux d'études et de contrôle, etc.).


Les risques encourus

Lors de nos travaux de recherche passés, nous avons montré que la concentration de radon (*un gaz radioactif provenant des sous-sols volcaniques) sur la corniche ouest est beaucoup plus élevée que la normale à Dakar. En effet, la côte, formée de magma volcanique, contient des éléments radioactifs. Aujourd’hui, il est reconnu par la communauté scientifique que le gaz radon est source de cancer du poumon, d’où son nom de « tueur silencieux des maisons ». C’est du reste la raison pour laquelle l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, du fait de sa proximité avec la côte, a été construite en créant un vide sanitaire parfaitement ventilé permettant d’éliminer 75% du radon émanant du sol. Si cette précaution n’est pas assurée en optant pour une construction sur pilotis (qui est plus coûteuse), on peut mesurer les risques que prennent les usagers des édifices de la corniche ouest.


Facteur aggravant de l’érosion côtière

La construction d’édifices en bordure de mer aggrave la vulnérabilité du littoral. En effet, la côte est un élément naturel en mouvement qui interagit avec la mer. En durcissant la ligne de rivage, on empêche ces échanges naturels de sédiments, ce qui favorise l’érosion côtière. Ainsi, les édifices en bordure de mer comme certains hôtels auront une durée de vie limitée même si certains des promoteurs ont installé des brise-lames au large pour « casser » l’énergie des vagues.

 


Impact socio-économique

La plupart des constructions de la corniche ouest empêchent aujourd’hui les sénégalais de pouvoir jouir de la beauté de la mer. A cela, il faut ajouter le fait que les populations sont également privées de leurs plages (Mermoz, Soumbédioune etc.), plages que nous avons fréquentées depuis la tendre enfance. C’étaient également des lieux de rencontre de toute une jeunesse et où il y avait une activité économique (vente de rafraichissants, de nourriture comme les cacahuètes, etc.).

Aujourd’hui, nous en sommes privés ! Au nom de quoi ?

 

On ne mesure pas la rancœur qui s’accumule chez les populations. Au point de non retour, il ne faudrait pas écarter des actes de révolte de ces dernières, actes qui pourraient même aller jusqu’à l’agression de ces édifices et/ou ceux les fréquentant.

Avec cette énième agression, c’est le moment de questionner nos modes de lutte contre de telles injustices. Une opposition civilisée à cet accaparement de notre corniche ne semble pas produire les résultats escomptés. Les articles dans la presse, les débats à la radio, les marches pacifiques, les pétitions ne semblent pas avoir raison des fossoyeurs et des autorités qui les soutiennent. Tous les défenseurs de l’environnement devraient réfléchir pour adopter un mode de lutte plus efficace.


Vers la création d’un observatoire du littoral

Nous pensons que c’est le moment de créer un Observatoire du Littoral comprenant toutes les parties prenantes sans exclusion aucune. Il constituera un outil de veille et de suivi, un outil de mutualisation et d’organisation et enfin un outil d’anticipation sur les grands changements sur le littoral. En d’autres termes, cet observatoire proposera des moyens d’aide à la décision. En attendant de mettre en place cet observatoire, il est encore temps de nous ressaisir. En ce sens, nous demandons aux autorités des actes rapides et concrets pour freiner les dérives actuelles qui porteront atteinte à notre environnement (notre bien à TOUS) et aux générations futures qui ne comprendront jamais comment nous avons pu laisser les choses se faire... nous avons rendez-vous avec l’histoire !

 

Pr Adams TIDJANI
atidjani@ucad.sn

Président de l’Association de Lutte pour la Préservation de l’Environnement (ALPE)