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Changement climatique et conflit : une relation compliquée

12 Nov 2015
Categorie: Actualités
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À l’heure actuelle, la plupart des études considèrent davantage le changement climatique comme un multiplicateur de menace que comme une cause directe de conflits armés - un facteur parmi tant d’autres interconnectés, tels que la pauvreté, l’exclusion de certains groupes ethniques, la mauvaise gestion des gouvernements, l’instabilité politique et la fracture sociale.

L’adaptation des États au changement climatique appelée « adaptation divergente » a souvent un impact négatif sur les populations vulnérables. Au Niger, par exemple, la sécheresse, les inondations et la hausse des températures ont poussé les agriculteurs à s’accrocher (parfois violemment) à la terre et à l’eau d’une façon qui menace les moyens de subsistance des éleveurs nomades. Des conflits liés à l’eau ont également éclaté au Kenya et en Éthiopie, affectant les populations les plus marginalisées.

Des militants du Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger (MEND) patrouillants dans les ruisseaux de la rivière Bonny près de l'usine de GNL dans la riche région du Delta du Niger (Nigéria).
Src: neurope.eu

 

Une étude récente faisant le rapprochement entre la guerre en Syrie et la sécheresse ayant frappé la région il y a quelques années décrit la sécheresse – et sa mauvaise gestion par le gouvernement – comme le catalyseur des soulèvements ayant conduit à la guerre civile.

 

Quant à savoir si le conflit israélo-palestinien s’envenimera ou s’apaisera avec l’amenuisement des ressources partagées en eau, la question est tendancieuse. Le changement climatique menace l’approvisionnement en eau dans le bassin du Jourdain partagé par Israël, la Cisjordanie et certaines régions du Liban, de la Syrie et de la Jordanie. En dépit de l’escalade du conflit dans la région, le projet de dessalement des eaux mené par Israël offre une perspective de paix et de coopération.

 

D’après le rapport du GIEC, la probabilité qu’éclate un conflit lié au changement climatique est plus forte là où les États sont faibles, où les droits fonciers sont contestés et où un groupe en domine un autre. Ainsi, l’adaptation au changement climatique a plus de chances de provoquer un conflit au Soudan du Sud que dans un pays comme l’Italie, par exemple, souligne Mme Kloos.

 

Mais les mesures proactives prises par les États – défricher des forêts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ou les couper pour produire des biocarburants, construire des exploitations hydroélectriques pour s’approvisionner en énergies renouvelables – peuvent créer des conflits et aggraver des conflits existants en arrachant des populations à leurs terres et en leur confisquant leurs moyens de subsistance.

 

Forage hydraulique villageois près de Bor, état de Jonglei, Soudan du sud
© yannarthusbertrand2.org

 

« Nous savons l’impact que le changement climatique a sur les populations les plus vulnérables, et c’est un motif de préoccupation. Lorsque certaines personnes sont systématiquement tenues à l’écart des prises de décision, la situation peut dégénérer en conflit », a dit Mme Warner. Il a été démontré que les rapports sociaux sont indispensables à la survie, a-t-elle ajouté. Lorsque la sécheresse a menacé certaines communautés en Inde, les gens ont commencé par s’unir. Mais lorsque la sécheresse est devenue extrême, ils se sont mis à faire des réserves de nourriture. « Le conflit éclate lorsque les gens ne coopèrent pas et que toutes les stratégies de gestion du risque s’effondrent en très peu de temps. »

 

Migrations forcées

Le conflit sous ses différentes formes est également plus probable lorsque le changement climatique contraint des populations à migrer, et qu’il n’existe pas d’institutions viables pour gérer leur réinstallation et leur intégration, affirme le rapport du GIEC.

 

D’après l’initiative Nansen, les inondations, les tremblements de terre, la sécheresse et la montée du niveau des mers ont poussé 184 millions de personnes à abandonner leur foyer entre 2008 et 2014.

« Selon certaines projections, une élévation d’un mètre du niveau des mers pourrait contraindre 150 millions de personnes au déplacement - à moins que la construction de barrages et de digues ou d’autres mesures analogues ne soit entreprises pour protéger les régions vulnérables. »

 

Puits de pétrole dans le delta du Niger près de Port Harcourt, Rivers, Nigeria
© yannarthusbertrand2.org

 

Mais l’envoyé de l’initiative Nansen, Walter Kaelin, nous dit qu' « il convient de faire preuve d’une grande prudence lorsque l’on prétend que le réchauffement climatique pourrait être source de conflit à lui seul. Il existe de très nombreuses régions affectées par le réchauffement climatique où aucun conflit n’est à déplorer. Nous avons besoin d’autres éléments ».

 

Toutefois, M. Kaelin souligne qu’il existe des études établissant un lien entre la sécheresse et la prolifération d’armes de petit calibre dans la corne de l’Afrique. « Le conflit peut exacerber les crises humanitaires engendrées par des aléas naturels, de même que les migrations transfrontalières », a-t-il dit en soulignant que les réfugiés du camp de Dadaab, au Kenya, avaient davantage fui la Somalie en raison de la sécheresse et de la famine que du conflit. Cependant, ils ont fui parce que le conflit agitant leur pays empêchait l’aide humanitaire de les atteindre.

 

Src : irinnews.org